L’homme devient ce qu’il regarde. Si les béatitudes sont d’abord le portrait de Jésus, elles sont appelées, parce que nous les aurons contemplées sur son visage, à devenir les traits les plus marquants de notre propre personnalité.
C’est Jésus qui est le pauvre par excellence à qui le Royaume appartient ; c’est Lui le doux, infiniment heureux de nous introduire dans la bonté du Père. C’est Lui qui pleure le poids du péché de ce monde à Gethsémani, c’est Lui qui pleure l’endurcissement du cœur de l’homme. C’est Lui le premier assoiffé et affamé de cette justice qu’il appelle de tous ses vœux en nous invitant à l’incessante conversion. C’est Lui le miséricordieux qui demande du haut de la Croix, le pardon de nos fautes. C’est Lui le cœur pur, qui sonde les reins et les cœurs et qui voit nos vies dans la clarté du dessein divin. C’est Lui l’artisan de paix qui nous redit à chaque eucharistie et dans l’eucharistie : « je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ». Toutes les béatitudes dessinent d’abord et avant tout le visage du Christ. Et plus nous les contemplons en Lui et à partir de Lui, plus elles deviennent, par une secrète alchimie de la grâce, le relief de notre propre visage.
D’ici quelques semaines, toute la paroisse va basculer dans cette aventure immense de l’Adoration Eucharistique perpétuelle* ; tous, nous sommes invités, pour devenir de plus en plus le peuple des béatitudes, à entrer dans une relation personnelle de prière et d’adoration plus profonde avec Celui dont elles dessinent la face adorable. Et nous sentons bien que nous avons de plus en plus besoin de passer du temps avec Lui pour que son être, son cœur, sa parole, sa présence, transforme en profondeur notre propre manière d’être et d’agir. Les béatitudes, comme tout le dispositif de la vie chrétienne, se vivent à partir de Celui qui nous les donne ; nous voulons, au cœur de ce quartier, rappeler au monde que la vie chrétienne s’enracine dans une relation cordiale et profonde avec Jésus. Et c’est dans la prière, dans l’adoration du visage du Christ, progressivement ses béatitudes deviendront les nôtres, que peu à peu elles s’imprimeront sur nos visages, en passant du sien au nôtre.
Les Saints ne sont saints que parce qu’ils sont tournés vers le Saint, que parce qu’ils contemplent incessamment sa Face. Nous aussi, avec eux, nous voulons devenir Celui que nous regardons ; et pour cela, nous voulons le fréquenter davantage, le rencontrer, demeurer en son amour : l’ADORER.
Heureux sommes-nous d’être conviés à une telle grâce ; il suffit pour en vivre à plein, d’avoir un cœur de pauvre.
Père Stéphane Palaz
